Modèles de la Représentation de soi et de l’Identité numériques

Dans mes travaux, j’interroge l’appropriation sociale et sémiotique des technologies numériques, autrement dit le processus d’acculturation ou d’empowerment, ces deux notions associant la socialisation, l’identité et l’assimilation par l’expérience de patterns relationnels, qui sont diffusés en l’occurrence par les interfaces numériques (messageries instantanées, pages persos, blogs, médias sociaux, réseaux sociaux numériques, jeux vidéos, art et création numériques interactives). En résumé, je considère que l’interface est une matrice d’expérience et que sa pratique implique en retour l’intériorisation de modèles de l’image de soi, de l’image de sa socialisation. Cette approche se fonde sur la théorie interactionniste des métaphores dans la vie quotidienne de Lakoff et Johnson (1980) que j’applique aux interfaces numériques en les considérant comme des espaces d’interaction sociale.

A partir d’analyse de corpus web depuis environ 2002, j’ai effectué une typologie et déconstruit le système énonciatif transversal de ces interfaces (cf. phanérologie dans ma thèse en 2007), et à partir de cette classification j’ai produit des modèles qui déconstruisent les modalités sémiotechniques de cette assimilation:

  • Un modèle général, le modèle de la Métaphore du profil ou hexis numérique, qui montre le processus d’intériorisation de l’image présentée à l’écran en image de soi ou de l’autre, par trois sous-domaines de la métaphore: la métaphore du soi, du chez-soi et du flux. (inhérent à la représentation de soi numérique)

Le caractère très longitudinal de mon observation (depuis le début des années 2000!) m’a permis de constater l’évolution des usages et des allants de soi relatifs au système de signes qui manifestent l’utilisateur des interfaces numériques. Deux modèles proposant différents critères de catégorisation des signes numériques mettent en évidence l’évolution des modèles agis de présentation de soi et des modèles de l’identité depuis le début des années 2000 – ce que nous appelons l’hexis numérique:

  • le modèle de la Représentation de soi, qui est une typologie des signes par lesquels le sujet se manifeste: ligateur autonyme, qualifiants, sociatifs, possessifs, locatifs. (Web 1.)
  • le modèle de l’Identité numérique, qui est une typologie des signes qui manifestent l’utilisateur dans le web social: identité déclarative, agissante et calculée. (web 2.0)

Ces deux modèles ont permis d’appuyer une approche qualitative quantifiée et des visualisations de l’identité numérique par graphes égocentrés, de chacune des catégories ou de sous-catégories.

Entre 2013 et 2018, j’ai poursuivi ce travail en étudiant la présentation identitaire de l’utilisateur post mortem, et en interrogeant la capacité de ces dispositifs à modéliser sa relation au Mort, et  donner prise à des imaginaires de l’éternité.

Sur le dispositif théorique et méthodologique global: 

GEORGES, Fanny (2011) « L’identité numérique sous emprise culturelle. De l’expression de soi à sa standardisation. » Les cahiers du numérique, 7 (1): 31-48.

GEORGES, Fanny (2014) « Éléments pour une analyse sémio-pragmatique de l’identité numérique ». In Méthodes de recherche sur l’information et la communication– Regards croisés, H. Bourdeloie et D. Douyère (dir.). Mediacritic.

1. Modèle de la métaphore du profil

Le terme de métaphore est employé au sens interactionniste: il s’agit du processus cognitif de construction des représentations en pensée, qui opère par des « métaphores d’interaction » selon Lakoff et Johnson.

GEORGES, Fanny (2010) Identités virtuelles. Les profils utilisateur du web 2.0. Questions théoriques, Paris. 216 p.

GEORGES, Fanny (2011) « Mémoire humaine et expérience de soi par le web : la métaphore du profil. » Médiation et information (MEI), 32, 147-158.

Ce modèle est passé assez inaperçu dans l’ensemble de mon travail, alors qu’il permet de déconstruire la qualité et l’intensité du lien cognitif que le sujet ressent face à sa représentation.

2. Modèle de la Représentation de soi numérique

Le Modèle de la Représentation de soi numérique a fait l’objet de ma thèse Sémiotique de la représentation de soi dans les dispositifs interactif (2007). Il se définit comme l’ensemble des signes que le sujet saisit lui-même pour se représenter. Cette expression fait référence à la présentation de soi de Goffman, le re- indiquant la production d’un signe (une représentation numérique) pour manifester sa présence.

3. Modèle de l’Identité numérique

J’ai créé ce modèle pour rendre compte de la spécificité de la présentation de soi dans le web 2.0, en remarquant que l’utilisateur n’est plus seulement représenté par des signes qu’il saisit lui-même, mais que ces signes font l’objet d’une chaîne de traitement par le dispositif (cf. figure suivante). L’identité numérique se définit dès lors comme l’ensemble des signes qui manifestent l’utilisateur.

Fanny Georges 2009 Modele de l identite numerique
Modèle de l’Identité numérique (Fanny Georges, Réseaux, 2009)

Ce modèle de l’identité numérique est une charnière dans mes travaux car il fait le lien entre l’entreprise typologique de ma Thèse et de premières analyses qualitatives quantifiées avec visualisations par graphes égocentrés (ici de réseaux sociaux) que j’avais produites précédemment, comme dans cet article:

GEORGES, Fanny (2005) « Stratégies d’automédiation: de la création de soi au jeu des intersubjectivités. Etude de la représentation de l’usager dans Livejournal et Touchgraph» Créer jouer, échanger : expériences de réseaux. Actes de la conférence internationale H2PTM’05 (Hypermedias, Hypertexts, Products, Tools and Methods). Hermès-Sciences Lavoisier. 93-107.

Dans la publication suivante, je présente un modèle de l’identité numérique « en une page », dont j’étais alors en train de développer des visualisations, suite à ma Thèse.

GEORGES, Fanny (2008) « L’identité numérique dans le web 2.0. » Le mensuel de l’Université n°27.

Dans les articles suivants, je propose des graphes radar égocentrés qualitatifs associés au modèle pour visualiser l' »identité numérique » définie par le modèle. Dans le titre j’utilise « approche statistique » ou « quantitative » car l’appellation « quali-quanti » (qu’il faut entendre) n’était pas encore répandue.

Fanny Georges (2008). Les composantes de l’identité dans le web 2.0, une étude sémiotique et statistique. Hypostase de l’immédiatetéCommunication au 76ème congrès de l’ACFAS: Web participatif: mutation de la communication ?, 6 et 7 mai 2008, Centre des congrès, Québec., May 2008, Québec, Canada. pp.12, 2008.

GEORGES, Fanny (2009) « Identité numérique et Représentation de soi : analyse sémiotique et quantitative de l’emprise culturelle du web 2.0. » Réseaux, 154. 165-193.

Suite à ces premières publications et alors que j’étais en postdoctorat au LMGC à Montpellier, j’ai développé une collaboration avec des collègues du LIRMM, sur l’extraction automatisée de certaines informations et la visualisation par graphes.

GEORGES, Fanny, SEILLES, Antoine, ARTIGNAN, Guillaume, ARNAUD, Bérenger, HASCOËT, Mountaz, Rodriguez, Nancy, SALLANTIN, Jean, DRESP-LANGLEY, Birgitta (2009) « Sémiotique et visualisation de l’identité numérique: une étude comparée de Facebook et Myspace. » Actes de la conférence internationale H2PTM’09 (Hypermedias, Hypertexts, Products, Tools and Methods) Rétrospective et Perspective 1989-2009. Paris : Hermès. 257-268.

GEORGES, Fanny, SEILLES, Antoine, SALLANTIN, Jean (2010) « SIC et informatique : vers une approche interdisciplinaire de l’identité numérique dans la communication informatisée ». Actes du 17ème Congrès de la SFSIC (Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication).

Dans chaque article sur les différentes applications du modèle de l’identité numérique, j’ai été obligée de reprendre la présentation du modèle (sans quoi personne ne comprendrait son application), mais chaque article propose une avancée ou une approche supplémentaire.

Approche historique de l’identité numérique

GEORGES, Fanny (2012) « A l’image de l’Homme : avatar, cyborg, identités numériques.» Le temps des médias, 136-147.

Transfert du modèle à l’identité numérique post mortem

GEORGES, Fanny (2017) «Digital eternities. Post-mortem digital identity from a semio-pragmatic perspective ». Revue Language Learning and Information and Communication Systems (Alsic), 20. Translated by Gill Gladstone.

-> consulter la page de présentation de mes travaux sur la façon dont les technologies effectuent une médiation de la relation su Sujet à la Mort.