A propos de /moi/

(texte en cours de rédaction quelques paragraphes égarés)

Mes travaux portent principalement sur le thème de la représentation de soi et de l’identité numérique, sur lequel je publie depuis 2003.

J’ai ainsi étudié les usages des formes suivantes de représentation de soiL/identité numérique:

  • avatars dans les jeux vidéo, MMORPG et chats 3D
  • pages personnelles dites « en html » (non dynamiques), blogs
  • profil utilisateur des réseaux sociaux numériques et médias sociaux
  • expérience du corps dans les dispositifs immersifs

Ce qui m’intéresse est la façon dont les interfaces de communication numérique impliquent différentes modalités d’expérience et d’interprétation de soi, de l’Autre et du Monde, mais aussi en tant qu’elles sont un espace de mise en visibilité de la production de signification.

Etudier les profils utilisateur est donc moins une façon d’étudier les technologies de présentation de soi que d’étudier les représentations culturelles des usagers qui les utilisent.

Représentation de soi et identité numérique

L’acculturation progressive des technologies numériques et d’internet s’est accompagnée d’une reformulation des modalités de communication interpersonnelle. Depuis les années 80, l’Internet Relay Chat (IRC), la messagerie instantanée, puis les blogs, les jeux et médias sociaux, les réseaux sociaux numériques, permettent à un nombre croissant d’internautes de communiquer à distance, dans une corrélation de plus en plus prononcée avec la communication en face-à-face. Or, ces dispositifs font appel à des représentations numériques de l’identité de l’utilisateur, par lesquelles les usagers se présentent, communiquent et se socialisent.

Comment la représentation de l’identité, personnelle et sociale, est-elle informée par l’usager dans sa communication numérique ? J’ai interrogé deux processus successifs

  •  le processus de construction de soi, au cours duquel l’expérience du sujet se structure par l’interaction sociale via les dispositifs interactifs (Modèle de la Représentation de soi). La représentation de soi est dans ce cadre définie comme l’ensemble des signes que l’usager manifeste sur le web (processus déclaratif).
  •  le processus de présentation de soi, au cours duquel la présentation de soi s’inscrit dans la structure mise à disposition par les dispositifs interactifs (Modèle de l’identité numérique). L’identité numérique est dans ce cadre définie comme l’ensemble des signes qui manifestent l’identité d’un utilisateur (qu’ils soient déclaratifs, ou produits par un tiers ou le système informatique).

Parmi mes résultats principaux figure la mise en lumière du processus de perte d’emprise de l’utilisateur sur sa représentation : les réseaux sociaux numériques reformulent continuellement l’identité des usagers, et cela même si l’usager n’est plus actif (cf. troisième phase d’usage de l’identité numérique propre au web social présentée dans le paragraphe ci-dessus). Ce processus de reformulation est en effet continué par les productions des amis ou contacts de l’usager, ainsi que du système informatique qui vise à animer la page afin d’animer ses communautés d’usagers. Ces deux entités continuent d’animer ainsi la page d’un usager, présentant une idéologie de l’identité numérique d’un usager où le social prévaut sur le personnel.

Ces modèles, mis en perspective dans une approche diachronique permettent également de mettre en évidence trois périodes de l’histoire de l’identité numérique, en prenant pour critère discriminant l’emprise de l’utilisateur sur sa représentation (qui est le producteur de l’information visible ?)

  • Une première phase de naissance des traces (BBS, IRC)
  • Une seconde phase de construction déclarative de l’identité numérique propre au web des pages personnelles configurées et mises en ligne par l’usager lui-même
  • Une troisième phase de présentation de soi mis en réseau dans le cadre d’une préconfiguration par le système informatique propre au web social.

Publications

GEORGES, Fanny (2009) « Identité numérique et Représentation de soi : analyse sémiotique et quantitative de l’emprise culturelle du web 2.0 » Réseaux, 154. 165-193.

GEORGES, Fanny, SEILLES, Antoine, SALLANTIN, Jean (2010)  « Des illusions de l’anonymat : les stratégies de préservation des données personnelles à l’épreuve du web 2.0 » Terminal, 105. 97-107.

GEORGES, Fanny (2011)  « Mémoire humaine et expérience de soi par le web : la métaphore du profil » Médiation et information (MEI), 32, 147-158

GEORGES, Fanny (2011) « L’identité numérique sous emprise culturelle. De l’expression de soi à sa standardisation. » Les cahiers du numérique, 7 (1): 31-48.

GEORGES, Fanny (2011) « Pratiques informationnelles et identité numérique. » Etudes de communication, 35. 105-120.

GEORGES, Fanny (2012) « A l’image de l’Homme : de l’avatar aux identités numériques. » Le temps des médias, 18. 136-147.

GEORGES, Fanny (2012) « Avatars et identité dans le jeu vidéo. » Hermès, 62. 33-47.

SCHAFER, Valérie, PALOQUE-BERGES, Camille, GEORGES, Fanny (2014) « La culture Internet au risque du Web. », Cahiers du Circav, 24, Histoire(s) de l’internet.

Identité numérique post mortem. Les représentations de l’identité des défunts et les usages mémoriaux web

Les résultats de mes travaux sur la représentation de soi et l’identité numérique m’ont conduite à interroger les limites de la délégation de la production identitaire numérique, en envisageant le cas où l’usager n’existe plus, et ou seule sa page de profil et son identité numérique persistent. Qu’advient-il donc de l’identité numérique d’un usager défunt ?

Dans ce cadre, l’identité numérique du défunt est entendue comme l’ensemble des signes que le défunt a saisis de son vivant, et qui sont produits post mortem dans le cadre d’un dispositif qui le présente (Pages « souvenir », pages d’hommage, mémoriaux numériques).

Après le décès d’un usager, les proches recomposent des formes d’identité du défunt « pour soi », et qui peuvent s’organiser autour de plusieurs points de vue principaux informés par les pages d’hommage collectif.

Publications

GEORGES, Fanny (2013) « Le spiritisme en ligne. La communication numérique avec l’au-delà. » Les cahiers du numérique, 3-4, 9. 211-240.

GEORGES, Fanny (2014) « Post mortem digital identities and new memorial uses of Facebook. The identity of the producer of a memorial page. » Thanatos vol. 3 1/2014: Death, mourning and the internet.

GEORGES, Fanny (2014) « Identité post mortem et nouvelles pratiques memoriales en ligne. L’identité du créateur de la page memoriale. », Les Cahiers du Gerse, Presses de l’Université du Québec.

GEORGES, Fanny, JULLIARD, Virginie (2016) « Profilopraxie et apposition des stigmates de la mort: comment les proches transforment-ils la page Facebook d’un défunt pour la postérité? ». Linguas e Instrumentos Lingüisticos, 37, 2016.

GEORGES, Fanny (2014) « Post mortem digital identities and new memorial uses of Facebook. The identity of the producer of a memorial page. » Thanatos 3 1/2014: Death, mourning and the internet.

GEORGES, Fanny (2014) «Identité post mortem et nouvelles pratiques memoriales en ligne. L’identité du créateur de la page memoriale. », Les Cahiers du Gerse, Presses de l’Université du Québec.

Méthodologie d’analyse de la représentation de soi et des interfaces de communication numérique

une approche sémiopragmatique par une attention croissante accordée aux arts de faire des usagers et à la pluralité interprétative.

Recueil de données.

Constitution d’un corpus d’archives (ex.: 30 pages de commémoration pour analyser la commémoration sur internet, 10 pages groupes sur les fans d’un artiste pour analyser les représentations des fans)

Recueil de données par observation flottante du live web : il s’agit de laisser son regard flotter dans les réseaux sociaux numériques sans avoir une approche systématique de corpus. Cette approche est réalisée sur le long terme. La durée de cette observation dépend de l’objet. Dans cette méthode de recueil de données, une capture est effectuée de la page dès qu’elle interpelle le chercheur. Il s’agit d’une forme d’enquête de terrain adaptée au support web: le mieux est ici de précisément noter toutes les références de la capture ainsi que le contexte, comme dans le carnet d’enquête ethnographique (Pastinelli, 2002)

Les entretiens (entretiens de confrontation, entretiens ouverts ou semi-directifs) conduits complémentairement à l’analyse de corpus  permet de mieux comprendre la diversité des interprétations des usagers, la conconstruction des processus interprétatifs mais aussi les trajectoires d’usage et arts de faire. Les entretiens permettent très concrètement de discuter des modalités de production ou d’interprétation des différents signes par les usagers, et de confronter les interprétations du chercheur à ceux des usagers, la discussion pouvant également permettre à l’usager d’avoir un autre regard sur ses pratiques en les explicitant. Ils permettent ainsi identifier des phénomènes inaperçus.

Analyse de corpus: l’analyse qualitative et l’analyse qualitative quantifiée

Pour analyser les représentations de soi sur internet, un travail préparatoire, réalisé sur corpus, consiste à procéder à une classification de signes selon un critère discriminant déterminé par l’hypothèse ou la question de départ. Les signes sont sélectionnés, recueillis,  en vue d’être classés, dans une approche qualitative initiale.

Si le corpus est supérieur à une quinzaine de documents, il est possible d’effectuer une approche comparative. L’analyse qualitative quantifiée consiste à observer sur peu de profils, une grande quantité d’informations relevées de façon manuelle ou automatisée. Cette approche ne vise pas à produire des observations généralisables, mais à identifier des variables pertinentes qui pourront être utilisées par la suite pour interroger des phénomènes transversaux (ex.: ceux qui créent le plus d’événements déclarent-ils le plus d’informations sur leur identité ? par quels procédés est annoncée la mort sur les pages Facebook des défunts ?).

Les signes sont dans un premier temps relevés manuellement. Ces variables une fois classifiées peuvent être modélisées en vue d’une visualisation. Le modèle d’analyse formalise une hypothèse d’interprétation; il permet l’extraction des données dont une partie au moins peut être automatisée(ex.: relever tous les champs identifiant), l’autre relevée manuellement. Des visualisations de profils individuels par graphes nœud-lien du modèle de l’identité numérique a été appliquée à différents réseaux sociaux numériques (2009, 2010).

Le principal obstacle d’une recherche académique sur les usages des interfaces numériques est le renouvellement continu des technologies et des usages. Ce renouvellement rend le corpus instable, constamment susceptible d’être supprimé, perdu, modifié. L’approche diachronique de la présentation de soi sur internet , en tentant de remonter, par des archives du web, aux premières formes de présentation de soi pour mieux comprendre comment cet usage s’est développé, permet de prendre ainsi du recul en regard du sentiment de perpétuelle nouveauté qu’implique l’analyse de ces dispositifs.

Le processus de présentation de l’identité du créateur

Dans le cadre de mon postdoctorat en 2011 à Telecom ParisTech dans le cadre du projet Proactivité des Audiences et Numérisation des Industries Culturelles (ANR PANIC), j’ai travaillé avec Nicolas Auray sur les machinima, comme cas d’étude des productions issues du jeu vidéo (machinima : audiovisuels réalisés en temps réel par les joueurs dans les jeux vidéo), en interrogeant les processus de construction de l’identité créative et de la notoriété des producteurs de machinima.

J’ai transféré ce questionnement à l’identité du créateur de la page de commémoration d’un défunt.

Publications

GEORGES, Fanny & AURAY, Nicolas (2013) « Approche sémiopragmatique de l’espace de communication des machinima » RIHM, 13. 3-36.

AURAY, Nicolas & GEORGES, Fanny (2013) « Les productions audiovisuelles des joueurs de jeux vidéo. Entre formation professionnelle et apprentissages esthétiques autodidacte » Réseaux, 175. 145-173.

GEORGES, Fanny (2014) « Post mortem digital identities and new memorial uses of Facebook. The identity of the producer of a memorial page. » Thanatos 3 1/2014: Death, mourning and the internet.

GEORGES, Fanny (2014) «Identité post mortem et nouvelles pratiques memoriales en ligne. L’identité du créateur de la page memoriale. », Les Cahiers du Gerse, Presses de l’Université du Québec.